Dakar 2010: Yannick Guyomarc’h fait le bilan
C'est depuis Buenos Aires, quelques heures avant de m'envoler pour la France que je vous fais cette news tout d'abord pour vous rassurer mais aussi pour tirer un premier bilan de ce Dakar 2010.
Comme vous le savez, la course s'est terminée pour moi vendredi au Km 18 de l'avant dernière spéciale... C'est rageant au yeux de certain mais c'est ainsi, dans le sport mécanique il y a justement la composante "mécanique".
Bien entendu j ai ressenti une grosse déception mais la pilule est désormais passée, les heures ou l'on reste seul dans l'attente du véhicule balais sont justement essentielles pour accepter l'échec. Si unecamera pointe son nez dans ces moments la, le discours n’est pas à la joie et c’est celui que vous avez certainement vu.
Alors que c’est il passé?
Lorsque je pars dans la spéciale de jeudi qui nous menais de SAN JUAN a SAN RAFAEL, je suis plutôt confiant et en forme. Très rapidement je rattrape une dizaine de pilote jusqu’a une panne de mon dérouleur de road book électrique. Je tente bien de maintenir la cadence mais deux petites erreurs
de navigations permettent à deux reprises à un concurrent que je venais de doubler de me repasser. je décide donc de ne plus prendre de risque et de le suivre jusqu’à la fin du premier tronçon et profiter de la neutralisation pour réparer le dérouleur. Je prends le départ de la seconde partie avec quelques minutes de retard mais tout est ok sur le moto.
Cette seconde partie de spéciale est un immense terrain de jeu pour nous: de grandes vagues de sables dans lesquelles il faut maintenir une certaine vitesse.Malheureusement après un trentaine de Km, la boite de vitesse se bloque. En essayant de comprendre le problème, je me rends compte que
l'embrayage est défectueux. Je change donc celui ci afin de pouvoir repartir mais la moto reste bloquée en seconde vitesse. il me reste plus d une centaine de Km à parcourir dans la spéciale et 300 ensuite de liaison pour regagner le bivouac. Je fini la spéciale de nuit mais je refuse poliment l’invitation à manger du contrôle d'arrivée: j’ai encore beaucoup de route. Il est 4h00 lorsque j’arrive au bivouac, je repars dans 2h00. J’ouvre de nouveau le carter d’embrayage, plusieurs mécaniciens viennent donner leur avis mais ils ne sont pas très différents du mien: un morceau d’embrayage doit certainement bloquer la boite. La solution? simple, il faut changer le moteur, une opération qui prends moins d'une heure sur ma moto mais je n’ai pas de moteur! Ouvrir le bloc en deux? Le délais est vraiment trop court. Je remonte donc le tout et prends le départ avec uniquement la seconde vitesse.
Ce choix n’est pas celui de la folie: il me faut en réalité passer le cordon de dunes qui se fini au Km 40 de la spéciale, ensuite je pourrais toujours trouver une voiture ou un camion en course pour me tirer.
La solidarité est très présente dans les dernières étapes et cette assistance entre concurrents en course est autorisée. Le chargement est en revanche interdit et il est impossible de passer des dunes tiré derrière un véhicule.
Malheureusement la moto refuse d’avancer après le Km 18 (ironie du sort pour un pompier?).
L’échange téléphonique avec le PC Paris sera d ailleurs cocasse: « je suis en panne » « ok tu comptes repartir dans combien de temps? » « Je ne peux pas repartir, la casse est définitive…» « tu es bien sur? » « oui ! »
Quelques heures plus tard en conclusion d’un nouvel échange téléphonique: « Nathalie me fais dire qu elle est triste pour toi (je ne la connais pas) et... c’est un sentiment général ici au PC Paris... »
Je vais recevoir plusieurs messages comme celui ci de personnes auxquelles je ne m’attendais pas.La suite fut bien moins éprouvante que prévu: je n’ai finalement pas eu droit a la "punition du camion balais", après avoir été récupère par un pick-up, je suis amené au bivouac de SANTA ROSA en helico
(Plus de 2 heures de voyage). Fin de course!
La suite est commune à tous les abandons qui reste sur le rallye: trouver une place dans une voiture ou un avion. Ce sera l’avion: je ne pourrai donc pas être à l’arrivée de la spéciale pour féliciter Gilles qui va finir son premier Dakar.
Je l’attendrai à Buenos Aires.
Je suis impatient de pouvoir ouvrir le moteur pour comprendre ce qui a bien pu se passer car je n’ai pas l’impression d’avoir outrageusement sollicité la mécanique.
Concernant la casse a deux reprises et sans chute de la bride maintenant l’ensemble de la bulle, c’est évidemment une déception...j’en tirerai des conclusions plus tard. Mais tout aurait pu s’arrêter bien plus tôt sur une grosse bêtise de ma part.Lors de la 4eme étape, nous finissons un cordon de dunes, plusieurs photographes sont présent, j’en reconnais un, je lui fais un signe... c’est peut être la première chose que l’on apprend en Enduro:
« mef » dès qu il y a des photographes!
Je n’ai donc pas vu la descente de dune...la moto se dérobe je n’ai pas le temps de comprendre que ma chère KTM vient me masser le dos. J’ai le souffle coupé et la douleur me laisse peu de doute: il y a quelque chose de cassé. Cote, omoplate? pour le moment la douleur est trop générale pour que je le
sache.
L'helico est déclenché, je passe sur les longues minutes de tractations pour que je puisse repartir et notamment sur mon mensonge (ha bon une cote n’est pas un muscle?) pour finir l’étape. Arrivé au Bivouac, Jacques SCHITTENHELM du groupe Total (c’est lui qui me remet le trophée du fair-play sur le podium en 2007) vient aux nouvelles: « quelque chose ne va pas? » « J’ai l’omoplate ou une cote cassée, j’ai trop mal pour le moment pour savoir » « tu va voir le médical? » « surtout pas j’ai déjà évite la mise hors course sur le piste je ne vais pas prendre ce risque » « ok »
10 minutes plus tard Jacques revient: « Tu es attendu par Alex, l’ostheo du team Dessoude »
Quelques manipulations plus tard Alex me regarde « bon tu sais ce que tu as? »« Oui la je sens bien c’est la cote »
Dès lors nous avions notre rituel chaque soir avec Alex: séance de strap pour tenir la distance. Je n’ai malheureusement pas pu le remercier comme il le souhaitait en finissant à Buenos Aires.
J’étais une nouvelle fois sans assistance mais j’ai tout de même bénéficié d’un soutient incroyable lors de cette édition. Tout d’abord vous qui m’avez permis d’être au départ, partenaires, amis, collègues et famille. Vous qui m’avez soutenu a travers vos différents messages sur le site internet ou sur le site de
l’organisation.
Mais je n’oublie pas David Casteu et son team qui on été présent à un moment crucial pour me venir en aide.
Jacques, Stephane et Sylvain de chez ELF qui ont fait bien plus que me fournir des produits, L’équipe des malles motos, qui a vraiment été aux petits soins pour nous, L’équipe médicale qui a feint l’ignorance pour me laisser continuer mon rallye,
Alex et le team Dessoude qui m’accueillait chaque soir dans leur stand pour les soins, mais aussi tous les décideurs sur lesquels reposaient de grosses responsabilités et qui malgré certaines pressions m’ont fait confiance en me laissant rouler de nuit, Chritian Califano qui m’a dépanné en pneus,
Enfin les autres concurrents, notamment des malles moto, pour l’ambiance et l’entraide qui y régnait. Enfin un très gros bravo à Gilles qui termine son premier Dakar à la 3eme place des "malles moto", vivement l’an prochain pour améliorer le résultat.
Pour ceux qui le souhaite nous ferons un pot de l’amitié samedi 23 vers 17H00 chez ALMET MOTOMAX a Montlhery (RN 20 en direction de la province).
A très bientôt–––
Yannick #112